Grande écoquille près d'Agen

Marion et Fred sont des alternatifs engagés et convaincus. Depuis des années, ils pratiquent un mode de vie respectueux de la nature et des autres. Avec leur deux enfants, Iola et Jaouen, ils habitent, dans le Lot et Garonne, une yourte et une roulotte que Fred, charpentier de métier, a installé en attendant de trouver une autre solution qui leur plaise et soit conforme à leurs convictions. Cette solution, ils l’ont trouvé en feuilletant un magazine : c’est l’Écoquille. Vous trouverez en page “Voir l’Écoquille” une vidéo où Fred témoigne de ses premières impressions.
 
Fred avait rêvé d’un procédé de construction avec des chevilles et des petites pièces, une sorte de Légo géant. Il se voyait bien à la tête d’un kit à monter, aussi bien pour les économies que pour le plaisir de faire soi-même. En découvrant l’Écoquille, il a été convaincu de la justesse de cette solution. Son œil de charpentier a analysé la structure et, conforté par ses collègues, il a bien compris que ce type de structure était garant de solidité et de confort. Pour finir, comme Marion, il a été séduit par la douceur naturelle et l’originalité de cette habitation.
 
Durant un bon semestre, nous avons échangé les points de vue et informations pour définir le projet, aussi bien en ce qui concerne l’aménagement intérieur souhaité que la fourniture des matériaux dans leur détail. Puis un permis de construire a été obtenu (voir à la fin du présent article). À la fin de juillet, le chantier a commencé.

Le logement existant

La petite famille vivait depuis des années dans la yourte et la roulotte que l’on voit ici derrière la charpente. Pour eux, ce style de vie était en train de trouver ses limites. Avec deux enfants dans la roulotte mal isolée, les hivers humides, le confort leur semblait de plus en plus précaire. Et puis l’aînée rentrant dans l’adolescence, se présentaient des problèmes d’intimité. Au total, vivre dans une maison plus grande leur semblait devenu nécessaire.

La charpente de soutènement, Fred et moi

Le terrain est très en pente, plus de 2 m de dénivelée sous la maison, et Fred a d’abord édifié lui-même une forte charpente de soutènement avec des troncs bruts, écorcés à la plane, venus de la petite forêt de leur propriété. Un travail soigné, garant de l’ensemble du projet. Au sol, Fred a creusé et aligné de larges trous qu’il a rempli d’un béton romain (gros cailloux) de façon à implanter des plots hors de l’humidité.

La livraison

Un premier camion arrive avec les pièces du kit : une vingtaine de tonnes pour 80 m2 habitables. À chaque livraison, nous privilégions le déchargement avec du monde et le plus près possible du chantier. Si un Manitou peut aider, c’est mieux, mais la chaîne humaine reste irremplaçable. Ce n’est que plus tard que nous livrons portes et fenêtres, lorsqu’elles pourront être installées et non pas stockées au risque de vols.

Fred assure la sécurité du stockage

Même les piles, il faut les stabiliser, surtout sur un terrain en pente. Un accident est si vite arrivé et aucune précaution n’est de trop. De plus, personne n’est vraiment échauffé. On ne va quand même pas commencer le chantier par une entorse… Notez : nous n’utilisons presque pas d’emballages et c’est voulu. Directement du producteur au consommateur.

Les entretoises pour les arches

Toutes les pièces de l’Écoquille (ou presque) ont été préparées dans l’atelier à Graulhet. Elles sont faites avec une précision inférieure au millimètre, selon les plans en 3D obtenus sur ordinateur. Et maintenant, c’est l’épreuve du feu sur chantier. Preuve en est de nos soins : d’Écoquille en Écoquille, la fabrication devient de plus en plus rapide et fiable.

Du travail en famille

Claude, le papa de Marion, badigeonne les poutres à la chaux et à l’huile de lin, un mélange comme du mastic de vitrier liquide. Lunettes de protection indispensables car la chaux, ça brûle. Fred a construit un chemin de palettes autour de l’Ecoquille qui permet de circuler facilement en hauteur et protège d’une chute éventuelle.

Une bonne préparation

Marquage de la position et de l’empatement des solives. Comme tous les charpentiers de métier, Fred est très habitué à tracer, chose fort utile pour ne pas se tromper. Son expérience est palpable.

Fred dans sa charpente de fondation

Fred est dans son élément et ça se voit. Lancer la construction de sa propre maison quand on est un homme de l’art, c’est une sorte d’aboutissement. Heu… de début d’aboutissement ! Car il y aura quand même un bon millier d’heures à assurer.

François apporte son assistance

À chaque lancement du montage d’une Écoquille, François ou l’un de ses collègues est présent pour vérifier que tout se passe bien. La mise en route est complexe : outillage, méthode, instructions particulières.

Les solives

Antoine s’attache à la pose des solives composites sur la structure.

Je pose des étais en rayons de soleil, pour assurer la géométrie de l’ensemble. Les étais sont bloqués à l’axe de l’Ecoquille.

Pieds d'arche

Fred vérifie les alignements. Les pieds d’arche s’emboîtent dans un trou prévu dans les solives, de façon à ce que les arches ne puissent s’affaisser en s’écartant.

Pako s'entraine

Pascal, futur acquéreur, vient apprendre le montage sur ce chantier ; il fixe les semelles des solives composites avec un cloueur à batterie. Ainsi, chaque chantier devient un peu un lieu de formation, soit pour de futurs partenaires monteurs en région, soit pour des particuliers se préparant à l’édification de leur propre maison en kit.

Deuxième jour de chantier

Le lendemain matin, Pascal attaque le montage des arches.

Je m’y mets aussi. Je propose une assistance périodique au montage pour démarrer chaque étape et donner des instructions précises.

Toujours monter les arches en escalier, sinon on se retrouve avec des difficultés pour introduire les entretoises dans leurs trous.

Petite pause

Une petite pause café à 16 heures bien méritée

Le jeu de construction prend forme

On ne va pas tarder à fermer la première arche.

La première arche !

Ça y est, deux clés de voute et ça tient ! C’est un moment excitant et symbolique.

Jour 1

Une journée seulement a passé depuis l’arrivée du camion.

À plusieurs, on va vite

Mélodie, une amie, a fait de l'alpinisme et elle est très à l'aise. Un petit marteau et c'est tout

On peut monter sur les arches pour travailler ; une condition toutefois : mettre ses pieds au plus près des arches plutôt qu’au milieu des entretoises.

Montage des arches

Marion aussi se lance dans la construction ; elle a envie d’en être. Antoine lui montre. Marion travaille dans le secteur social et ne peut s’impliquer dans la construction autant que Fred qui exerce son métier à mi-temps, mais elle assure l’intendance et l’accueil des nombreux copains qui viennent donner un coup de main.

Vue dans l'épaisseur du plancher

Les planches inférieures des caissons ne sont pas encore posées car, pour l’instant, elles servent de plancher provisoire pour pouvoir travailler dans l’Ecoquille, poser les échafaudages, etc.

Cinq arches sur 18

Jour 2

Fin de la seconde journée, sans se presser

La yourte

La yourte de Fred et Marion sera conservée pour recevoir les amis.

C’est l’heure du dîner. Merci Marion, ton taboulé est délicieux.

L'écoquille lui a tapé dans l'œil !

Durant la nuit

Encore une pleine journée à quatre et le tunnel est fini.

24 heures de travail en trois jours : les solives et arches du tunnel sont en place.

On ne se lasse pas de ces couleurs

Jour 4

C’est la croupe qui se dessine

Une ossature complète

Vue en contre-plongée

Des petits supports vont coiffer les arches et encadrer une panne faîtière ; il s’agit de créer une pente pour l’écoulement des eaux de pluie au sommet.

Pose des supports de la faîtière. Nous avons fait évoluer ces supports et cette faîtière, dans l’optique de la simplicité de fabrication en atelier. Sur les Écoquilles plus récentes, le système destiné à la ventilation de toiture et à la pente sommitale est un peu différent.

Pose de la première plaque d'Agépan de la coque intérieure

Ces plaques d’Agépan, sans colle, sont respirantes et pare-pluie grâce à l’adjonction de parrafine.

Quelle est belle, ne trouvez-vous pas, cette maison toute en rondeurs harmonieuses !

Coque respirante et litteaux

Philippe est un ami très motivé. Il vient aider à la construction pendant tous ses temps libres. Merci Philippe…

Philippe et Fred continuent la pose de la coque d’Agépan. Mais Fred a repris son travail en entreprise et, pour les quelques mois à venir, le chantier ne progressera que durant les week-ends, s’il fait suffisamment beau. C’est pourquoi des bâches de protection ont été installées.

Vue de la coque depuis l'intérieur

Mezzanine

Vue sur la mezzanine qui, pour l’instant, sert au rangement.

Fred est charpentier, ne l’oublions pas, et son amour du bois le pousse à en respecter le naturel. Aussi, il va couper des branches et des troncs sur son terrain, il les écorce, les fait sécher, les choisit, les taille pour faire des montants de cloisons internes, des supports, des chevêtres, tout ce qui lui est nécessaire dans sa construction.

C’est un travail qui demande de la patience car, une fois que les pièces non rabotées sont installées, le reste doit suivre et il faudra donc découper les panneaux en suivant les formes irrégulières des montants.

Encore un peu plus tard. Le chantier a bien progressé. Et l’on voit à quel point Fred et Marion ont adapté leur Écoquille à leurs rêves. Un auvent couvre la terrasse, les fenêtres et portes proviennent de récupération et ont été adaptées aux circonstances.

La façade n’est pas totalement recouverte de bardage mais on devine ce que cela donnera en final.

La façade avec ses fenêtres de récup'

Au printemps 2013, Marion, Fred, Iola et Jaouen se sont installés pour de bon dans leur maison. Elle est pratiquement terminée aujourd’hui.

La cuisine vue de la mezzanine

Côté cuisine, avec les deux hublots qui illuminent le plan de travail

Côté salon avec, en haut à droite, la mezzanine où les enfants peuvent jouer ou regarder la télévision, tout en restant dans l’ambiance familiale. On remarque les bois (montants, traverses) en bois brut juste écorcés.

Il reste encore des finitions à faire mais on sent l’esprit bois de la décoration.

Intérieur

Le séjour lumineux et haut de plafond. C’est un des aspects agréables de cette maison. Même avec seulement 80m2 de plancher, on a un sentiment d’espace, d’ouverture. La voute est haute et c’est très confortable.

La chambre de Lola

Intérieur de la salle de bain

Les hublots que nous avons fournis sont coiffés de casquettes originales. Fred a récupéré et adapté des éléments de tonnellerie. Le résultat a quelque chose de slave, non ?

Un permis de construire

Ce permis avait d’abord été refusé par l’architecte de la DDE qui trouvait que le projet ne s’intégrait pas dans l’environnement. En effet, pour un architecte, l’environnement n’est pas la nature alentour mais les constructions préexistantes, le style des maisons régionales, l’urbanisme. Devant ce refus, une réunion a été sollicitée pour le mois suivant avec cet architecte. Étaient présents : Martine et moi, en tant que concepteur et fabricant, Marion et Fred, les candidats à l’accession, et le maire du village concerné. La réunion a duré deux bonnes heures. En premier lieu, j’ai exposé longuement tous les arguments écologiques et sanitaires et ils sont nombreux et probants. L’architecte rétorquait que cet habitat était un objet standardisé et que cela le gênait. Il ajoutait “mais si je vous accorde ce permis, il y en aura partout ensuite !”, ce qui m’a bien plu sur le fond mais semblait l’inquiéter car il ne voulait pas être celui qui aurait ouvert la brêche. Jusque-là, son refus tenait encore. Le flot de mes arguments archi-rôdés, l’évidence du bien-fondé de l’Écoquille face aux enjeux de notre société n’ont pas réussi à le convaincre et l’ont peut-être même un peu agacé.

Obtenu à l'arraché !

Ensuite, c’est le maire qui a pris la parole en insistant sur le côté social de l’affaire, disant “oui, mais ce couple habite dans notre commune depuis longtemps, possède le terrain, les enfants sont à notre école et, vivant jusqu’ici dans une yourte, pour les parents et dans une roulotte pour les enfants, nous, la mairie, voyons d’un œil favorable que cette famille progresse dans son installation vers une demeure familiale”. Il a ajouté “de toute façon, ces gens ont un budget limité et, grâce au kit qu’ils achètent, ils vont pouvoir, pour 60.000 euros au total, vivre dans une vraie maison confortable et saine, aucune autre solution équivalente n’étant envisageable pour leur budget”. Et il a terminé en précisant qu’il aurait préféré que le camping du village s’équipe d’Écoquilles plutôt que d’horribles mobil-homes en plastique, se déclarant donc également séduit par leur aspect esthétique.

Point par point

Pour finir, c’est Fred qui a pris la parole, avec beaucoup d’émotion et quelque véhémence. Pour lui, il était scandaleux que notre gouvernement organise un Grenelle de l’environnement si c’est pour que tout soit ensuite bloqué au niveau des administrations locales. Cette incohérence le choque et, avec l’assentiment visible de son épouse Marion, il s’est déclaré ouvertement prêt à la désobéissance civile. Il était vraiment remonté, et visiblement sincère. La tension était perceptible autour de la table. Il a aussi mentionné le fait que la loi ne semblait pas la même pour tout le monde puisque certaines personnes, plus riches, plus influentes, se voyaient souvent accorder des permis pour des constructions tout aussi peu intégrées à l’architecture locale, sans oublier de rappeler que plus de deux cents Domespace existaient déjà et qu’il ne comprenait pas pourquoi l’Écoquille ne serait pas considérée de la même manière.

Victoire !

C’est après nous avoir tous soigneusement écouté et entendu que, en définitive, l’architecte de la DDEA a lâché : “bon, je vois que vous êtes très motivés et très solidaires, et donc j’accepte : vous aurez votre permis de construire. Je m’en occupe tout de suite”. La tension est retombée brutalement et Marion et Martine n’ont pû cacher leur vive émotion. Il y a eu des “Yes !”. Pour fêter ça et donner écho à ce grand moment dans nos vies, nous sommes allés aussitôt prendre un verre, un verre de l’amitié.

Et voilà !

La grande écoquille vue depuis l’espace

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Sarl EFDÉ Innovations :
Impasse de la Bousquetarié
81300 GRAULHET (France)

Tél. 06 09 71 60 79

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